Portrait d’équipe | Audrey Vézina, conseillère aux communications et à la philanthropie

Courir à la mémoire de son père

Le 5 janvier, je recevais ce message du fils aîné d’un de nos patients décédé le premier jour de l’An :

« Mon père André, ma famille et moi avons pu bénéficier de vos services et de votre accompagnement à la maison durant les dernières semaines. Nous avons été totalement conquis par la qualité, le soin, l’empathie et l’attention qui nourrissent votre travail, et qui ont su bercer de lumière les derniers jours de la vie d’André, particulièrement dans le contexte du temps des Fêtes. Pour cela, nous voulons d’abord vous témoigner de notre infinie reconnaissance.

Mes deux frères et moi-même nous sommes engagés à participer au prochain Marathon d’Ottawa, en mai 2026, en l’honneur de notre père, qui l’avait complété pour la première fois à l’âge de 65 ans. Nous pensions profiter de cette occasion pour amasser des dons auprès de notre entourage au profit de votre organisme. »

Comme je suis coureuse depuis plus de 20 ans, j’ai été particulièrement touchée par ce message. C’était la première fois qu’une initiative philanthropique venait à moi depuis mon entrée en poste comme conseillère aux communications et à la philanthropie chez Aux trois sentiers.

Lorsque je suis allée aux funérailles de M. Provencher, j’ai annoncé à ses trois fils que je serais à leurs côtés à Ottawa pour les voir franchir la ligne d’arrivée et que j’en profiterais moi aussi pour courir un demi-marathon. Mon dernier remontait à dix ans, et c’était précisément à Ottawa.

Les courses de début de saison sont toujours un peu plus exigeantes, puisqu’elles impliquent de s’entraîner durant l’hiver. Je savais que je n’aurais probablement pas beaucoup de temps pour me préparer. Il me restait trois cours à compléter dans le cadre de mon certificat en gestion des services de santé et des services sociaux, sans compter une première moitié d’année particulièrement chargée chez Aux trois sentiers. Qu’à cela ne tienne : je ferais tout ce qu’il faut pour atteindre mon objectif.

André Provencher était un homme de lettres et de communications très apprécié dans le milieu de la littérature et des médias. Il était également très actif et pratiquait plusieurs sports pour garder la forme. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de le connaître de son vivant. Toutefois, maintenant que j’ai fait la connaissance de sa femme Rachel, de ses trois fils et de sa famille élargie, et que j’ai lu les centaines de messages de condoléances qu’il a reçus, je peux témoigner de l’empreinte remarquable qu’il laisse derrière lui.

Sa personnalité transparaît dans le regard de chacun de ses fils. Paul, Bruno et François ont cette attitude positive et déterminée qui caractérise les gens qui vont jusqu’au bout de leurs ambitions. Leur mère, Rachel, dynamique et souriante, traductrice de formation comme moi, s’intéresse à mille choses. Elle n’a pas hésité une seconde à participer au reportage d’Urbania avec ses garçons pour parler de notre organisme et de l’impact qu’il a eu sur l’expérience de fin de vie de son mari.

Le 23 mai, nous nous sommes donné rendez-vous à l’expo du marathon pour une première séance photo avec les trois frères qui venaient récupérer leur dossard. Je sentais Paul et François particulièrement fébriles à l’approche de leur premier marathon.

Le lendemain matin, nous avons réussi à les repérer dans la foule dense des coureurs qui prenaient le départ à 7 h.

Je suis ensuite allée rejoindre ma merveilleuse patronne, Dre Caroline Ouellet, qui m’a fait la surprise de venir nous encourager sur place. Tous les hôtels étant complets depuis des mois, elle a fait l’aller-retour dans la même journée. Ce geste m’a énormément touchée et m’a donné le petit regain d’énergie dont j’avais besoin avant de prendre mon propre départ, à 9 h 30.

Ce fut, somme toute, une magnifique course, même si le parcours était beaucoup plus vallonné que celui des années précédentes. Nous avons traversé deux magnifiques parcs : celui de Saint-Jean-Bosco, du côté de Gatineau, et celui de Rockcliffe, du côté d’Ottawa. Je n’ai eu ni trop chaud ni trop froid — l’avantage de courir sous un ciel gris et une pluie légère.

Au fil des kilomètres, j’ai eu une pensée pour chacune de mes collègues qui m’avaient écrit de beaux mots d’encouragement. Au 17e kilomètre, une spectatrice tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Smile, you’re not at work! » Cela m’a fait sourire, car dans mon cas, c’était précisément une initiative liée à mon travail qui m’avait menée jusqu’ici. S’il me fallait une autre preuve que j’aime profondément ce que je fais, j’étais servie.

J’ai aussi eu une pensée pour le père de Paul, Bruno et François, emporté par le cancer. J’avais le sentiment qu’il nous regardait de là-haut et nous insufflait l’énergie nécessaire pour terminer notre course. J’ai bien sûr également pensé à mon propre père, qui a lui aussi traversé un cancer en 2024 et que j’ai toujours la chance d’avoir dans ma vie.

Signe que j’avais bien géré mon énergie tout au long des 21,1 kilomètres, il m’en restait suffisamment pour sprinter dans les derniers mètres avant la ligne d’arrivée.

Une fois celle-ci franchie, je suis allée retrouver mon amie Marie-Josée, qui avait terminé quelques minutes avant moi, mon amoureux François, Caroline, ainsi que Rachel et ses fils.

Après une pause bien méritée, nous avons rejoint la famille Provencher à leur hôtel pour une dernière séance photo et les au revoir d’usage.

Ce fut véritablement un week-end parfait à tous points de vue. Je me sens privilégiée d’avoir fait la connaissance de cette famille généreuse et inspirante, qui a eu cet élan du cœur envers notre organisme.

Un merci tout particulier à Paul, qui a eu cette (folle) idée de courir à la mémoire de son père et qui a réussi à entraîner ses deux frères dans cette aventure. Une initiative qui a rassemblé bien des gens dans son sillage et qui a eu un réel impact sur notre organisme. ♥

Cette fin de semaine à Ottawa m’a rappelé que l’accompagnement ne s’arrête pas toujours au moment du décès. Les liens tissés avec les patients et leurs proches continuent parfois de vivre autrement, à travers des souvenirs, des gestes de solidarité et des projets porteurs de sens. C’est un privilège immense pour notre équipe d’être témoin de cette générosité et de voir des familles comme celle des Provencher choisir de transformer leur expérience en espoir pour les autres. Je repars de cette expérience le cœur rempli de gratitude et profondément inspirée par la famille Provencher.

 

Crédit photo : François Perras