Faire avancer la médecine sans jamais perdre de vue l’humain
La médecine n’était pas une vocation toute tracée pour Dre Louise Roy. « Un accident de parcours », dit-elle même en souriant. Curieuse de nature et bonne élève, elle s’est dirigée vers la médecine presque naturellement, alors que rien ne la prédestinait à cette profession.
Encore aujourd’hui, ses intérêts dépassent largement les frontières de la médecine. Lectrice insatiable, passionnée d’arts, d’histoire de l’art et de musique, elle ne conçoit pratiquement pas une journée sans quelques pages d’un livre.
« La littérature et les arts t’ouvrent à d’autres réalités. »
Pour elle, cette curiosité nourrit aussi sa façon d’être médecin. S’intéresser à d’autres univers, à d’autres histoires et à d’autres façons de voir le monde permet de mieux comprendre les gens et d’aller à leur rencontre avec sensibilité.
Trouver sa voie en anesthésiologie
Pendant ses études en médecine, Louise Roy se destine d’abord à l’obstétrique-gynécologie. Elle entreprend même sa spécialité dans ce domaine avant qu’un stage en anesthésiologie ne vienne changer ses plans.
C’est le coup de cœur.
Elle poursuit une surspécialité en anesthésie obstétricale à Pittsburgh, puis amorce sa carrière à l’Hôpital Sainte-Justine, où elle travaille notamment auprès de patientes vivant des grossesses à risque. Cette pratique lui permet de développer des relations plus soutenues avec ses patientes, une dimension de la médecine qui compte énormément pour elle.
Après cinq années à Sainte-Justine et la naissance de ses trois enfants, dont des jumeaux, elle réorganise sa pratique afin de trouver un meilleur équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie familiale. Elle se joint à l’Hôpital Charles-Le Moyne, où elle exercera pendant 13 ans, avant de faire le saut au CHUM en 2012.
Au fil de sa carrière, elle ne se contente jamais de pratiquer l’anesthésiologie : elle cherche constamment à la faire évoluer.
Au CHUM, elle participe à l’enseignement et à la recherche en anesthésie obstétricale. Elle contribue notamment au développement de nouvelles méthodes de soulagement de la douleur et de façons de faire donnant davantage d’autonomie aux patientes enceintes et permettant de réduire la médicalisation de l’accouchement.
Elle s’investit également dans la réanimation néonatale, d’abord comme instructrice, puis comme maître instructeure. À l’Académie du CHUM, elle devient responsable du programme de simulation en réanimation néonatale qui inaugure les activités au centre de formation, un accomplissement dont elle est encore particulièrement fière.
Derrière ces différentes réalisations se dessine déjà ce qui deviendra le fil conducteur de sa carrière : faire avancer les pratiques, transmettre les connaissances et innover, sans jamais perdre de vue la personne qui reçoit les soins.
« Pouvoir faire une différence quand on s’adresse à une personne, sentir qu’on a eu un impact dans sa vie, c’est extrêmement gratifiant. »
Une expérience de la fin de vie qui laisse sa marque
Pendant une grande partie de sa carrière, les soins palliatifs ne font pas directement partie de la pratique de Dre Roy. Mais la fin de vie la touche personnellement en avril 2020, au cœur de la pandémie.
Sa mère vit alors en résidence privée. Lorsqu’elle arrive à ses derniers moments, les mesures sanitaires empêchent Louise d’être auprès d’elle au moment de son décès.
Une expérience douloureuse qu’elle trouve, encore aujourd’hui, difficile à accepter.
Quelques années plus tard, alors qu’elle commence à réfléchir à la prochaine étape de sa vie professionnelle, un projet retient son attention.
Celui d’une collègue anesthésiologiste-intensiviste du CHUM, Dre Caroline Ouellet.
La retraite… ou peut-être un nouveau départ
À l’approche de la soixantaine, Dre Roy ressent le besoin de faire le point. Elle envisage la retraite, pense même à retourner sur les bancs d’école pour explorer un tout autre domaine.
En parallèle, elle suit avec intérêt la naissance d’Aux trois sentiers. Elle regarde Dre Ouellet bâtir l’organisme, « petit bloc par petit bloc », franchissant un obstacle après l’autre pour concrétiser une nouvelle façon d’accompagner les personnes en fin de vie à domicile.
Lorsque Dre Ouellet lui propose de devenir médecin de garde pour la toute nouvelle Unité d’intervention rapide (UIR), elle n’hésite pas.
Elle connaît encore peu les soins palliatifs. Mais elle connaît Caroline, croit en ce qu’elle essaie de bâtir et veut contribuer à faire avancer ce projet pilote.
Elle fera partie de l’équipe qui accompagnera la première patiente d’Aux trois sentiers.
En juin 2025, Dre Roy prend officiellement sa retraite du CHUM. Mais plutôt que de tourner la page sur sa carrière médicale, elle commence à s’investir davantage auprès d’Aux trois sentiers.
Puis, au début de 2026, lorsque l’organisme doit trouver une personne pour assurer la direction médicale, son nom s’impose tout naturellement au sein de l’équipe. Après avoir appris à mieux connaître l’organisation et les personnes qui la font vivre, elle accepte ce nouveau rôle.
Faire évoluer les soins, autrement
Comme directrice médicale, Dre Roy retrouve plusieurs des éléments qui l’ont animée tout au long de sa carrière.
Elle développe des protocoles et encadre la pratique médicale de l’équipe soignante. Elle explore de nouvelles avenues pour mieux soulager la douleur et les symptômes complexes, qu’il s’agisse de nouvelles approches pharmacologiques ou de techniques comme les blocs nerveux. Elle veille au transfert des connaissances auprès des médecins et cherche à développer une pratique toujours plus collaborative.
Elle souhaite également rapprocher les médecins du reste de l’équipe interdisciplinaire et favoriser une véritable circulation des connaissances et des idées.
Ce qui la frappe chez Aux trois sentiers, c’est justement cette possibilité de faire avancer les choses.
Elle décrit une organisation proactive et constructive, où les nouvelles idées peuvent être explorées et où l’innovation n’est pas freinée par une multitude d’obstacles. Cette liberté de réfléchir à de nouvelles façons de soigner et de contribuer à faire évoluer le modèle la stimule énormément.
Mais ce qui l’a peut-être le plus surprise à son arrivée, c’est l’équipe elle-même.
L’ouverture. La gentillesse. L’accueil. Et surtout, la considération que les membres de l’équipe ont les unes pour les autres.
Elle dit s’être sentie « adoptée instantanément ».
Au fond, Aux trois sentiers permet à Dre Louise Roy de poursuivre ce qu’elle fait depuis le début de sa carrière : chercher de meilleures façons de soigner, transmettre ce qu’elle a appris et faire évoluer les pratiques, tout en gardant l’humain au centre.
Après une carrière consacrée en grande partie à accompagner les premiers instants de la vie, elle met aujourd’hui son expérience au service de ses derniers moments.
Et pour cette médecin qui pensait prendre sa retraite, il semble qu’il restait encore un chapitre à écrire.