Portrait d’équipe | Staphania Bastien, infirmière clinicienne

Prendre le temps, autrement

Pour Staphania Bastien, infirmière clinicienne chez Aux trois sentiers, le chemin vers les soins palliatifs s’est tracé au fil des expériences… et des contrastes.

À la fin de ses études, elle se destinait à un tout autre univers : celui des soins néonataux. Elle fait ses débuts au CHU Sainte-Justine, où elle travaille pendant deux ans aux soins intensifs auprès des nouveau-nés.

Un milieu exigeant, chargé d’émotions, où chaque situation est lourde, parfois difficile à porter, d’autant plus quand on n’est pas soi-même parent. Le travail de nuit, l’éloignement, l’intensité constante… Peu à peu, elle ressent le besoin de se réorienter.

C’est à l’hôpital Pierre-Le Gardeur qu’un nouveau chapitre s’ouvre. Elle y rejoint l’unité d’hémato-oncologie, où elle découvre, pour la première fois, les soins palliatifs.

Et c’est là que quelque chose s’allume.

Dans cette unité, elle trouve une équipe solide, une organisation structurée, et surtout une approche différente : une relation plus humaine, plus proche des patients et de leurs familles.

« J’avais l’impression de faire quelque chose de bien. »

Elle apprivoise un nouveau langage, celui des soins palliatifs. Apprendre à expliquer, à vulgariser, à rassurer. Reconnaître les symptômes réfractaires, comprendre les râles, le délirium, la détresse respiratoire. Elle y prend goût. Mais avec le temps, une réalité la rattrape.

Le manque de personnel.
Le manque de temps.
Des soins donnés à la course.

À l’hôpital, certains gestes essentiels passent à la trappe : les soins de bouche, le repositionnement des patients, ces attentions qui font pourtant toute la différence en fin de vie.

« Tout va trop vite. »

Après un passage en agence, notamment à la Cité-de-la-Santé, et la fin du recours aux agences privées décrétée par le gouvernement du Québec, Staphania se retrouve à un carrefour.

Elle sait une chose : elle ne veut pas retourner dans le réseau public tel qu’elle l’a connu.

Elle cherche un milieu où l’empathie ne passe pas au second plan. Un milieu où les soins palliatifs peuvent être pratiqués dans toute leur profondeur.

C’est ainsi qu’elle découvre Aux trois sentiers. Et la différence est immédiate.

Ici, on prend le temps.
Le temps d’installer le patient confortablement.
Le temps de parler avec la famille.
Le temps de bien faire les choses.

À domicile, les soins reprennent leur sens.

« C’est le jour et la nuit avec l’hôpital. »

Chez Aux trois sentiers, elle retrouve ce qu’elle cherchait : une approche profondément humaine, où chaque détail compte, où le patient et ses proches sont au cœur de tout.

Elle s’y sent à sa place. Chez elle.

Elle apprécie aussi l’espace donné à la réflexion clinique, aux échanges entre collègues, à l’amélioration continue des pratiques. Une équipe engagée, à l’écoute, qui cherche constamment à faire mieux.

Mais accompagner en soins palliatifs, c’est aussi porter une charge émotionnelle importante. Staphania en est bien consciente. Elle se décrit comme quelqu’un qui absorbe beaucoup. Les histoires, les émotions, les silences.

Pour garder l’équilibre, elle a trouvé son propre chemin : l’écriture.

Mettre des mots sur ce qu’elle vit, sur les histoires qu’elle traverse, lui permet de déposer ce trop-plein. D’en garder la trace, mais aussi d’en préserver la beauté.

« J’écris les beaux moments, pour me concentrer sur le positif. »

Dans sa vie personnelle, elle est aussi une proche aidante très engagée auprès de sa mère. Un rôle qui nourrit sa compréhension de ce que vivent les familles.

Aujourd’hui, Staphania ne se voit plus ailleurs.

Parce qu’Aux trois sentiers, elle peut exercer son métier comme elle le souhaite : avec rigueur, avec cœur, et surtout, avec le temps nécessaire pour accompagner les familles et les proches le plus humainement possible.